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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 19:07

 

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  Photos d' Internet 


 

        J'étais arrivée la première à l'appartement pour le Fall Semester (semestre d'automne) à l'Université. Les affaires d'Helen étaient rangées le long du mur, sur le parquet du salon dont les fenêtres donnaient sur les arbres de l'allée. Intriguée, je me demandais quel genre de personne elle était.

      Profitant de quelques jours d'avance, je découvrais avec émerveillement la splendeur de l'automne aux couleurs chatoyantes rappelant l'été indien. Les arbres de différentes espèces s'ornaient des plus flamboyantes couleurs, du vert à l'or et au pourpre en passant par tous les dégradés de tons chauds et majestueux. Je ne me lassais pas de me promener dans le parc du campus et d'admirer cette symphonie colorée. C'était bien la saison la plus resplendissante qu'on m'avait annoncée.   

      Une semaine après moi, Helen emménagea. Je fus impressionnée par son allure d'aventurière et par sa grande malle de bois chargée pour moi de mystère. Originaire du Canada, elle revenait d'une randonnée en solitaire dans la forêt canadienne et semblait une personnalité forte et indépendante. 

      L'été précédent, nous nous étions rencontrées à Paris où Helen était venue participer à un stage de composition. Nous nous étions donné rendez-vous devant l'Ircam près du Centre Beaubourg, puis je l'avais accompagnée au Forum des halles où tout lui paraissait très cher comparé aux Etats-Unis. Elle m'avait paru plutôt sympathique. 

     

       A la fin du Spring Semester, j'avais mis une annonce à la Music School (Académie de Musique) afin de trouver une colocataire pour l'appartement que j'avais trouvé, car ma colocataire précédente attendait la venue de son petit ami et j'avais dû déménager.

           Le premier semestre avait été un peu difficile mais exaltant pour moi qui quittais ma famille pour la première fois. J'étais arrivée en pleine tempête de neige et connus mon premier rude hiver américain. Je venais me perfectionner en violoncelle auprès d'un des plus grands maîtres et soliste international. Dès mon arrivée, j'intégrai le Concert Orchestra qui accompagnait les productions lyriques et fus enchantée de jouer le répertoire d'Opéra. Après avoir passé avec succès le Toefl, je suivis les cours de pédagogie et littérature du violoncelle, musique de chambre, technique Alexander et participai à de très enrichissantes master classes (cours d'interprétation). 

      Mes études se passaient merveilleusement, dans cet environnement nouveau où je me  sentais appréciée comme une personne en devenir, comme un être en progrès potentiel, contrairement à l'image dévalorisante que projetaient les professeurs de conservatoire en France. Parallèlement, ma cohabitation avec Irene, étudiante en langues appliquées venant d'Estonie, s'était passée dans l'harmonie et l'entente cordiale. Elle fut ma confidente et mon soutien dans ce moment de dépaysement et d'adaptation. C'est à regret que nous nous sommes quittées.

 

       Mais le nouvel emménagement avec Helen, cette fois dans une maison, s'annonçait aussi agréable. Elle avait pris la grande chambre et moi la petite, et nous partagions le salon et la cuisine. L'appartement se situait au premier étage d'une maison à pans de bois bleus clairs, typiquement américaine, qui comprenait quatre logements indépendants.  Pour pendre la crémaillère, nous avions organisé une grande party à laquelle furent invités tous nos amis, musiciens et compositeurs. Ce fut une joyeuse fête où chacun apporta un petit plat ou un dessert, comme cela se faisait sur le campus. 

        Au fil des semaines, je me rapprochais peu à peu d'Helen dont l'écoute attentive me réconfortait de la solitude loin de ma famille. Sa voix chaude et grave me mettait en confiance. Helen s'intéressait à ma vie et était devenue la personne à laquelle je me confiais le soir en rentrant. Sa maturité me la faisait apparaître comme une personne singulière, enveloppée de l'aura du savoir qui lui donnait une sorte de beauté spirituelle. J'étais subjuguée par sa brillance intellectuelle à mes yeux auréolée du prestige du créateur face à l'interprête que j'étais, même s'il lui arrivait de me complimenter sur mon talent de musicienne. Parfois, Helen laissait une de ses compositions sur la table du salon et j'étais en admiration devant ce don d'écriture et d'écoute intérieure. Le matin, avant de partir à l'Université, Helen avait toujours un mot gentil pour me souhaiter une bonne journée avec le sourire. Il y avait une certaine tendresse dans sa bienveillance à mon égard, qui m'attirait vers elle et me poussa à dépasser les limites de la neutralité.


            Tout se passait pour le mieux entre nous, dans la bienveillance et l'entente courtoise, jusqu'au jour de l'Anniversaire d'Helen. Ce jour-là, j'avais préparé une petite tarte au citron et l'avais déposée sur la table de la cuisine avec mon cadeau: un cahier de dessins et poèmes composés pour elle. Dans la journée, Helen me laissa un petit mot pour me remercier et dire qu'elle rentrerait le soir pour la partager. En rentrant, je vis combien elle était anormalement contrariée. Elle avait à me parler: elle me dit d'un ton solennel qu'elle comprenait mes sentiments pour elle, mais qu'elle ne pouvait les partager, et qu'il fallait que je change d'attitude si nous voulions continuer à cohabiter. Elle me demanda de détruire devant elle ce cahier de poésie, ce que je fis immédiatement, déchirant les feuilles en miettes dans la poubelle comme autant de morceaux de mon coeur.

         A la vérité, jamais je n'aurais imaginé pareille réaction de rejet, car ces poèmes me semblaient presque enfantins et j'y exprimais mon amour pour Helen avec pudeur et respect. Peut-être la traduction maladroite que j'en avais faite lui parut trop passionnée. Cette brutale mise au point fut un choc pour moi et à partir de ce moment, nos relations commencèrent à se dégrader. Helen prit plus de distance et rentrait moins à l'appartement et de mon côté, je m'enfonçais dans un tunnel de honte et de désespoir dont je ne voyais pas l'issue. Je tentai d'oublier Helen en fréquentant un de ses amis, mais cela ne fit qu'empirer mon mal-être. Une nuit, j'étais si malheureuse que je bus la moitié d'une bouteille d'alcool qui traînait et tombai à moitié inconsciente. Helen trébucha sur moi dans le noir et hurla de frayeur. Elle me ramena en me soutenant jusqu'à ma chambre, de l'autre côté du salon; mais peu de temps après, je me sentais tellement en détresse que je me traînai vers la chambre d'Helen dans un état second, éprouvant le besoin d'une présence rassurante.

         Quelques temps plus tard, Helen déclara aux propriétaires que j'avais voulu abuser d'elle, alors que j'étais à peine capable de me tenir debout cette nuit-là. De plus, Helen était bien plus grande que moi et m'aurait envoyée par terre d'un coup. C'est plutôt moi qui fus terrorisée par l'incroyable violence verbale d'Helen lorsqu'elle me traita de folle avec un air dément dans les yeux. Même si je comprenais qu'Helen ait vécu comme une agression des sentiments non partagés, j'attribuai cette réaction disproportionnée, cette explosion de panique et de fureur incontrôlée au puritanisme anglo-saxon qui voyait l'homosexualité comme une maladie. Elle avait l'air un peu masculine et m'avait confié qu'on l'avait parfois prise pour une lesbienne. C'est plutôt la peur de sa propre nature qui fit réagir Helen de façon si extrême et incompréhensible pour moi. J'en fus blessée au point de penser à en finir, ce qui ne fit que l'effrayer davantage.

         Finalement, je reçus un beau jour une lettre des propriétaires, m'avertissant que je devais quitter les lieux, car j'avais "porté atteinte" à ma colocataire. C'était tellement violent et exagéré que j'en parlai à mon Professeur. J'étais arrivée à un point de désespoir où je voulais rentrer en France et abandonner mes études, qui pourtant représentaient pour moi un privilège. Mon Professeur me dit qu'en aucun cas, Helen n'avait le droit de me faire chasser de cette façon. Des amis américains me soutinrent et m'aidèrent à répondre. Finalement, j'eus une entrevue avec la propriétaire qui me proposa de partir et de me laisser le dernier mois gratuit si j'acceptais. C'est ce que je fis de guerre lasse, car de toutes façons les rapports entre Helen et moi étaient devenus trop tendus et insupportables. De plus, j'étais une étudiante étrangère, d'origine viêtnamienne, ne restant que très peu de temps aux Etats-Unis, dans un Etat parmi les plus conservateurs d'Amérique, où une ville voisine était un des berceaux du Ku Klux Klan. Je craignais d'avoir de pires ennuis.

         J'emménageai le semestre suivant dans une grande maison tout près de la Music School où logeaient huit étudiantes. Je partageais la chambre avec une gentille et calme colocataire américaine avec laquelle il n'y eu plus d'éclats. A la fin de ce troisième semestre à l'Université, j'obtins le Diplôme de concert que je préparais et rentrai en France...

 

 


Ancien poème pour Helen

 

Ta chambre est un temple sacré

que je n'ose profaner

C'est l'alcôve secrète

où tu refais le monde plus beau

C'est le navire qui t'emporte

sur l'océan des rêves sans fin

Ton esprit l'éclaire le jour

et la nuit recouvre de son voile

le trésor de ton corps endormi

Laisse-moi prendre soin de ce sanctuaire

en signe d'offrande de mon coeur pur

   

 

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Published by Ondine
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commentaires

Nais' 10/12/2012 20:59

Bonsoir Ondine !
Je dois partir mais je reviendrais lire ce long texte, en tout cas les photos sont vraiment sublimes !!
Bises, bonne soirée et à bientôt j'espère

Ondine 10/12/2012 23:11



Ces photos ne sont pas de moi


Merci Nais' de ta venue


Bises et à bientôt



Roselyne 28/11/2012 13:52

Ton témoignage est touchant. Je me dis que trop de personnes encore font preuve d'intolérance et se permettent de juger. Quel dommage ! Je t'embrasse;

Ondine 29/11/2012 23:42



Merci Roselyne


Tes mots compréhensifs me touchent


Bisou



Crisis 26/11/2012 11:18

Ondine, j’aime le style de ton écriture. Ce récit autobiographique transmet parfaitement ta blessure au cœur qui, les années passants, s’est refermée mais laisse toujours une cicatrice.
L'épreuve est cruelle, mais la force qui en découle ensuite peut être grande, si l'on accepte de se relever…

Bisou.

Ondine 27/11/2012 16:57



Merci pour la force de tes mots


Bisou Crisis



Marie Minoza 26/11/2012 10:21

Emouvante ton histoire...
Rencontre et partage sont des mots difficiles à vivre...
Je ne voudrais retenir que ton poème qui était d'une délicatesse infinie et que même si les sentiments n'étaient pas partagés n'aurait pas du déclencher une telle violence

Ondine 27/11/2012 16:58



Merci Marie pour tes mots délicats


J'en suis touchée



Line 24/11/2012 15:22

bon week-end ma bichette

bisous

Ondine 24/11/2012 20:14



Merci Linette


Bisou et douce soirée


Bon Dimanche en famille



timilo 23/11/2012 07:16

C'est difficile de juger , quand on est pas concerné mais je comprends très bien tes réactions
Jolies photos pour illustrer ton texte
Douce journée ONDINE

Bisous

timilo

Ondine 24/11/2012 01:29



Merci Timilo


Bisou et bon week end



Line 22/11/2012 20:07

des photos flamboyantes comme ton coeur

bisous

Ondine 22/11/2012 21:18



Merci Linette


Le tien est un Soleil


Bisou et douce soirée



Jo 22/11/2012 10:57

Ma chère amie en découvrant cette part de toi je ne peux que m’interroger. Que sait-on des gens dont nous nous croyons proches ? Il faut parfois en arriver à subir ce genre de réaction aussi
extrême qu’ignoble pour avancer malgré tout.
Que tu aies conservé cette poésie (entre nous superbe) écrite pour une personne qui n’était pas apte à en saisir le sens prouve ta générosité.
Moi-même trop habituée à ce genre de réaction sans savoir s’il s’agit d’homophobie véritable ou de puritanisme imbécile, je ne retiendrai que ton « Aubade pour elle », un texte de toute beauté qui
ferait frémir de délice bien des femmes ayant la chance de te rencontrer.
Alors je vais positiver en disant que cette aventure a peut-être contribué à forger la femme authentique que tu es devenue.

Pour répondre à ton com laissé sur mon article, j’aimerai afin de pouvoir te répondre que tu me donnes les liens avec les dessins en question.

Je t’embrasse, et je ne doute pas que ma douce Melissa (au travail) se joint à moi dans une affectueuse pensée.

Ondine 22/11/2012 21:12



Merci Jo pour tes mots justes


Il ne faut retenir que les plus belles choses


et pardonner le mal fait qui n'enlève rien à mon estime pour la compositrice


Je t'embrasse ainsi que ta douce Melissa  



Martine 22/11/2012 09:41

Bonjour Ondine,

la colère est mauvaise conseillère: un exemple de plus. Hélène sous ses dehors plein de sagesse, finalement, ne l'était pas tant que ça. Elle aurait pu gérer cela avec plus de diplomatie et de
discrétion.
Un bel écrit illustré de merveilleuses photos sur un sujet qui interpelle.

Bisous
Martine

Ondine 22/11/2012 21:03



Merci Martine


Comment un sentiment doux peut-il provoquer un rejet si violent?


La peur et l'incompréhension font beaucoup de mal :(


Bisou



Line 21/11/2012 20:46

Chère Ondine

Ta nouvelle nous raconte une bien triste histoire, l'amour non réciproque est un problème complexe qui laisse une large part à la subjectivité.
L'amour éconduit peut durer des années tu le prouves par ton poème, il faut accepter l'idée que tes sentiments ne seront jamais payés de retour, cet amour impossible devient obsessionnel et
t'empêche de te tourner vers une autre personne qui sera suceptible de répondre à tes attentes.

L'amour ne se commande pas quel que soit le sexe, tu dois l'oublier où subir de grandes souffrances et ce n'est pas la bonne solution.

bisous petit oiseau

Ondine 21/11/2012 23:44



Chère Linette


Ce que j'ai voulu dire, c'est la violence disproportionnée du rejet homophobe


et le sentiment d'injustice qu'il m'a fait ressentir, ayant été accusée d'avoir "agressé" ma colocataire,


alors que c'est elle et les propriétaires qui m'ont agressée en me chassant


Mes amis américains et d'autres ont été choqués de cette réaction


Les choses auraient pu se passer plus calmement sans cette peur de l'autre


Ne t'inquiète pas, cela fait longtemps que j'ai tiré un trait sur cette histoire


Bisou belle Sirène



Jackie 21/11/2012 09:04

Quel gâchis... La peur est vraiment destructrice.
Merci Ondine pour ce merveilleux partage.
Bises

Ondine 21/11/2012 23:47



Tu dis le mot juste


La peur exagérée peut faire beaucoup de mal


Merci Jackie


Bisou



Ophélie Conan 20/11/2012 22:00

Chère et subtile Ondine,
Quel difficile moment cela dut être! Comme je comprends votre tristesse et votre désarroi face à la stupide réaction d'Helen, mais également de la propriétaire! Quel drame que de déchirer en mille
morceaux ce cahier de poésie que vous aviez écrit avec tant d'amour, de passion et de vénération. Vous avez très certainement raison quand vous dites que "c'est plutôt la peur de sa propre nature
qui fit réagir Helen de façon si extrême et incompréhensible pour moi." Mais quel gâchis que de n'être pas en accord avec soi-même, comme cette malheureuse! Pourtant, si j'en juge par celui que
vous publiez, ces poèmes devaient être très beaux, comme ces grands arbres d'automne dans le ciel bleu, très purs et très élogieux.
Doux baiser à vous, douce demoiselle,
Ophélie

Ondine 21/11/2012 23:54



Merci chère Ophélie de votre compréhension


Ma colocataire était peut-être en accord avec elle-même dans son rejet de l'homosexualité,


mais aurait pu l'exprimer de façon plus mesurée


Cela aurait causé moins de drame des deux côtés


(J'avais écrit mon poème "Petite aubade" pour elle aussi)


Je vous embrasse



Quimporte 20/11/2012 21:59

Témoignage particulièrement touchant...
Douce nuit jolie Ondine:)

Ondine 21/11/2012 23:55



Merci Muriel


Tes mots me touchent


Bisou



Philippe 20/11/2012 20:46

Ondine, comme je me retrouve dans ton texte, pour le sentiment d'attirance pour une personne que l'on garde pour soi, jusqu'au jour où n'y tenant plus on ce laisse aller à la confidence par des
écrits.
Et qu'à la lecture la réaction est plus que démesurée, fait que nous ne comprenons pas et que le mal être s'empare de tous notre être jusqu'à nous déconnecter de la réalité.

Ton poème est beau et tout en délicatesse.

Bises.

Philippe.

Ondine 21/11/2012 23:59



C'est cette réaction démesurée que j'ai voulu montrer pour dire le mal qu'elle m'a fait


alors que cela aurait pu être évité


Merci Philippe pour tes mots délicats


Bisou



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